Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Peut-être sommes-nous des hérissons, de cette famille-là ?
La pensée se tient dans la cervelle, croit-on.
Sur la peau, je la vois parfois qui frémit et tremble. Elle se tient à fleur d'épiderme quand dessous ça vibre, ça pleure, ça vacille.
"ça", ce quelque chose innommable comme une petite tristesse, une peur soudaine pour un rien. Un rien qui parle.
Alors la pensée peut bien se glisser dans un pli, dans le peaucier du front, un mouvement de la main.
Penser avec les mains.
Je pense aussi avec les mains, oui.
L'imaginaire contenu dans leur corolle, vous comprenez.
Un secret revenu qu'on garde au creux des paumes.
La pensée qui a des ongles et des épines.
Et puis ses ronronnements infinis ouverts au quatre coins du monde, son bruissement, ses grandeurs inouïes.
Mes mains sont balbutiantes, avec leurs lignes de guingois, des méandres que je ne sais pas lire. Comme une pensée en chemin sans borne d'arrivée. Parce qu'on n'arrive jamais.
On tombe seulement un jour. A pic. Un hérisson dans les phares d'une voiture. C'est tout noir.
Les gestes, alors...
Ecouter tes mains de paille ou de coton.
Leo Ferré, la tête dans les paumes, (mon Dieu, ce mouvement indéniable !) a des poètes de sept ans et des sources magiques qui agitent des grelots d'émotion... L'homme qui pousse sa cigarette au bout des doigts.... La main qui se tend au lit du ciel et saisit des nuages...
Et on est pris, dans l'Idée, larguée de l'autre côté du langage.
Les points cardinaux de la pensée se mélangent.
Articulent autrement ses mots et des images.
Je dis que je pense avec mes mains, que je n'aime pas la ligne droite et toutes les autoroutes où les hérissons pleurent.