Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.

Après la pensée qui passe par les mains comme une pâte à modeler les heures (voir l'article d'hier), voilà que je malaxe cette idée entendue il y a peu : écrit-on avec la tête ou avec le corps ? A cette question, j'ai tout de suite envie de répondre qu'on écrit avec un stylo, pointe bic pour ma part.
Pourquoi cette dissection de l'être, assis à une table, une feuille devant lui.
Je me souviens de cette phrase de Kafka, notée dans mon calepin :
"Ecrire, c'est sauter en-dehors de la rangée des assassins", voilà qui me va !
Osciller entre la banalité du quotidien et l'émotion la plus extrême.
Sans grandiloquence, sans lyrisme, non pas ça, pas besoin de ça, les mots !
Des sensations et des regards montent à la surface de la page, qui n'ont pas beaucoup d'espace dans l'ordinaire des jours : un geste, un silence, un instant tout petit petit, vous voyez, qui vient fouiller la langue.
Donner la parole aux mots en quelque sorte, qu'ils échappent, à soi et au convenu, autonomes qu'ils seraient les mots.
Des mots immenses, traversant les miroirs imaginables qui laisseraient la langue agir et réagir.
Dans tous les sens.
Un regard phénoménal porté par l'écriture sur l'humain, incarné, une matière aussi pauvre qu'elle est follement ambitieuse et élevée contre tout ce qui lamine les hommes et la pensée.
Faire ce qu'il m'est possible de faire, dans l'espace que j'occupe.