Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Je me souviens d'un homme. Un vieil homme en bonnet. Mon père.
Je connais un vieux monsieur fatigué de sa fatigue. Un penseur qui voudrait bien peut-être ne plus penser.
Tous les vieux se ressemblent, finissent par se ressembler. Une transparence du regard pousse leurs yeux plus loin dans le paysage.
Ils ne regardent plus, ils voient.
Les pièces du puzzle qui constituaient leur vie leurs offrent d'autres images, pour eux seuls. On ne peut qu'être à côté.
C'est que l'hologramme commence alors à se fissurer.
La vieillesse est une vilaine compagne parfois.
"J'ai, disait Claude Levi-Strauss qui fêtera ces 101 ans, le sentiment d'être comme un hologramme brisé. Cet hologramme ne possède plus son unité entière et cependant chaque partie conserve une image et une représentation complète du tout. Ainsi y a-t-il aujourd'hui pour moi un réel qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel qui conserve encore vive une idée du tout. Ma vie se déroule à présent dans ce dialogue très étrange. Je sais bien que le moi réel continue de fondre jusqu'à la dissolution ultime, mais à vous, merci de me donner le sentiment, pour un instant, qu'il en est autrement."