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Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.

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Présence, absence

Est-ce que les livres disparaissent, un jour, comme les êtres ?
 
Je cherche un livre dans la bibliothèque et je ne trouve
pas. Sûr que je l'avais prêté ce livre "Le temps où nous chantions", chef-d'oeuvre de Powers, (au moment des élections américaines et cela tombait à pic cette belle rythmique littéraire !), sûr que Jean-Claude me l'a rendu. Alors il est passé où ? Dans quel trou est-il tombé ? Je me dis que peut-être, quand on a vraiment été habité par une écriture, eh bien on la porte en soi, pour toujours. Le livre peut alors choisir, lui, de disparaître. Un jour de reparaître, sur sa volonté encore. Comme la sculpture de Giacometti, un chien fantastique dissimulé sous une table et tout recouvert de plâtre sur lequel un visiteur avait buté. Giacometti l'avait oublié là, ce chien famélique, et il avait considéré que son heure de naissance en quelque sorte était arrivée. Le chien surgissait des gravats parce qu'il le voulait bien.
Il en serait pareil des livres, des êtres. Une présence dans l'absence.
Si mon ami part quelques jours, peu importe, il est avec moi. Les êtres aimés restent toujours dans mes poches.
Des présences. Des absences légères ou qui pèsent des tonnes, et des clignotants s'allument au fond de moi.
Parfois, se fabriquent pourtant des espaces creux, des nécessités du rien. Pour que je respire. Et c'est comme une absence en moi.
Que je ne débrouille pas bien. Pas si bien que ça, non.

Je cherche ce livre.
Je ne le trouve pas.
Je m'agace quand je m'invente une histoire de disparition volontaire plutôt plaisante.

Des tissus de contradictions que je provoque, oui. Qui titillent les questionnements auxquels je ne sais pas répondre et auxquels je devrais peut-être savoir... Ce qui est bon, souhaitable, tenable, risquable pour peser le pour et le contre.  Pour quoi ? Contre quoi ? Pour soi et contre soi. Sans doute.
Que faire de ces instants où le rien l'emporte ? Une absence à soi-même en somme, en décalé. Qui bizarrement rend plus présent le monde extérieur : un tram qui passe, le baillement du chat, le ronronnement du sèche-linge...  Des présences du vivant indéniables. 
Considérer les manques du raisonnement, les miens.
Je saisis des moments d'émotion et d'expériences humaines. Dans les êtres. Dans les livres, même les introuvables, allez ! En attente. 

Je ne trouverai pas le livre aujourd'hui. 
Faudrait du rangement dans la bibliothèque où les livres bougent et j'ai trop d'opacité dans le regard. 
A suivre...
 


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D
Je ne crois pas que Jean-Claude ait rendu le livre. Chercher est usant, trouver, parfois, peut combler. A tout à l'heure mon nini.
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L
Il y a ces livres voués à ne jamais revenir chez leur propriétaire... Otages du nouveau lecteur qui ne le rend pas, ils sont remplacés par un jumeau qui "disparaitra" à son tour: Barthes et Perec(!) sont coutumiers du fait... Combien de "disparition" (sic) ou de "fragments..." "perdus"?... Je ne compte plus.<br /> ps: c'est bien par ici... Et vos vidéos sont (plus que) sensibles.
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B
<br /> Merci de votre commentaire. Oui, les bibiliothèques "demandent" sans doute à être rangées, et on ne répond pas tout de suite, c'est que ça bouge un livre, ça bruisse... Et c'est bien l'essentiel<br /> pour moi.<br /> Je fais un tour sur votre blog...<br /> <br /> <br />
S
La lecture de vos textes est un grand plaisir, vraiment.Merci.
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B
<br /> Merci Soulef. Un passage sur votre blog m'a fait mieux connaître votre monde. Et la magie des blogs opère. A bientôt vous lire.<br /> <br /> <br />
H
Ce livre qu'on ne retrouve pas et qui devient essentiel tout à coup... "Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir" qu'y disait l'autre. Quel autre ? Tiens, je le retrouve plus. Mais sa trace est là...
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