Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
Pour plusieurs raisons personnelles qui n'ont apparemment rien à voir les unes avec les autres, de façon visible, et que pourtant je relie entre elles,
pour l' intensité de la parole entendue, confiée et lue,
pour le retentissement qu'elle a en moi,
pour l'émotion sidérante,
pour ce que je sais du vacillement qui a lieu parfois,
pour ce qui n'est pas juste d'éprouver dans une vie humaine,
pour l'impuissance à être auprès de celui qui a mal,
pour ce que je peux "faire",
pour tuer l'insensé qui épuise le sens,
pour une impossible consolation qui demeure encore.
pour le mystère au creux des âmes.
pour ce qui empêche de vivre bien quand bien vivre serait si doux,
je retiens cette phrase de Hölderlin, en exergue de "L'homme révolté" d'Albert Camus :
"Et ouvertement je vouai mon coeur à la terre grave et souffrante, et souvent, dans la nuit sacrée, je lui promis de l'aimer fidèlement jusqu'à la mort, sans peur, avec son lourd fardeau de fatalité, et de ne mépriser aucune de ses énigmes. Ainsi, je me liai à elle d'un lien mortel."
Plus loin Camus écrit, ce qui n'est non plus pas sans lien avec ce qui précède :
"Il faut bien que la révolte tire ses raisons d'elle-même, puisqu'elle ne peut les tirer de rien d'autre. Il faut qu'elle consente à s'examiner pour apprendre à se conduire."