Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
"L'étoile a pleuré rose..." d'Arthur Rimbaud le beau
"...Il m'était donc difficile de vous regarder et d'entendre quelque chose de neuf, d'autres mots que j'avais posés moi-même, semblait-il, sur le bout de votre langue, d'autres sonorités rugueuses. J'étais effrayée par ce qui venait doucement de loin, et je ne savais localiser la moindre parcelle de terre de ce paysage brouillé. Je ne reconnaissais ni le mur, ni la couleur de l'herbe, ni la rampe lumineuse du jardin... Les chaises avaient toujours leurs quatre pieds de chêne, c'était sûr, et je me demandais comment c'était possible qu'elles entourent encore la table. Peut-être, après tout, que les chaises tenaient la table, que la table tenait le mur et que le mur, tous les murs tenaient le monde. Des appuis à n'en plus finir, vous voyez !
...Il m'était donc difficile de vous regarder et, sans ciller, de croire à une normalité de la géographie et à la nécessité de votre discours du renoncement amoureux le plus total que vous m' annonciez comme une nouvelle heureuse, l'air d'entrer enfin dans une grande paix et de n'attendre plus jamais rien de l'étoile à la nuit.
...Il m'était donc difficile de vous regarder et de sembler vous ménager des temps de silence et de solitude à partir desquels vous pourriez reposer sur la chaise du jardin, ses quatre pieds de chêne enfoncés dans le sol, chantournés et cirés à l'ancienne, qui dureraient plus longtemps que ma vie."
Sur une idée de Guy de Maupassant