Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
L'hypothèse des fleurs vaut bien "L'hypothèse des forêts" de Laurence Albert, aux éditions Delphine Montalant. Encore que...
A goûter les mots, l'un ne pèse pas bien lourd face à l'autre.
Rien de plus insignifiant qu'une fleur. Pense pas, une fleur.
Bêtes comme les pieds de la mort, les fleurs, à six pieds sous terre, sans rime ni que dalle, sauf celle qui recouvre la tombe, des inscriptions toutes dorées dessus, nom et dates, des mots perdus gravés dans le granit quelquefois, des fleurs perdues dans un vase. Veillent au grain, des folies mélancoliques, des points colorés endormis dans le paysage, une beauté qui penche.
J'aime les blanches et les bleues. Surtout les bleues d'ailleurs, aux pluies d'ardoise grise.
"Parce que je kiffe la pluie !" t'as dit, quand je t'ai raconté les brumes de l'Est et que la mer est revenue désabler tes souvenirs.
Coulée dans le cou par la pointe des cheveux, les yeux ivres, la paupière qui rit...
La pluie me tombe des mains, tu vois ça ! Elle me désempare. Je ne peux rien contre cette indulgence qui me prend à considérer le monde devenu d'un seul coup presque meilleur.
Contre le bleu des fleurs non plus.
Je sais bien que c'est idiot.
Parfois, allez savoir ! Ce qui est idiot ne l'est plus. C'est tout le contraire qui se produit.
T'as demandé : "Ton bleu, il serait un peu passé, alors ?"
-Oui, c'est exactement ça, j'ai dit. Les myosotis ont ce bleu passé des ardoises et des ciels de pluie. S'appellent aussi des "ne-m'oubliez-pas" en français, des "forget me not" en anglais, des "nontiscordardime" en italien.
Et j'ai répété plusieurs fois ce mot-là, pour moi toute seule,
"nontiscordardime", "nontiscordaerdime", "nontiscordardime"....