Donner mon regard sur le monde, ce qui me réjouit en cela que c'est la seule chose possible de faire.
La journée est lumineuse. Des plages de temps où les heures sont du sable qui s'écoule lentement entre les doigts. Sur la peau, quelques grains blonds et chauds s'accrochent quand même, qui seront dans la mémoire, après.

Une mélancolie s'échappe des objets, d'une cigarette qui n'a pas fini de s'éteindre dans le petit cendrier jaune, du café italien vivalto ou cappriccio, (avec un corps d'une intensité persistante et durable ou une note boisée de cacao), du bruit des feuilles des arbres dehors.
Un moment étrange et tellement ordinaire !
La lumière, une mélancolie.
Une activité immobile et pourtant pleine.
Je me laisse aller à ces heures.
Et je peux alors rester longtemps, assise sur le canapé.
Je ne possède pas de philosophie où loger ce temps-là, à prendre par fragments, par petites lampées délicates, pour le tenir dans son entier.
Ne pas déranger ce qui circule dans l'air en somme.
Des instants balthusiens.
Balthasar Klossowski de Rola dit balthus né en 1908. Un peintre du rêve et du cauchemar, de l'inconscient qui les hante.
Des instants comme ça, vous voyez, à la Balthus.
A cause du silence qui emplit l'espace.
Un drôle de silence. Un flottement plutôt.
Et un chat qui veille.
Un monde contenu dans le monde, mais toujours rendu à son intimité.