Je les entends. Il y a eu de grandes formations qui sont passées au-dessus de la maison.
Des oiseaux migrateurs, formant d'immenses V, chaque oiseau décalé par rapport à celui qui le précède.
C'est comme ça, paraît-il, qu'ils économisent de l'énergie : leur prédécesseur les protège un peu du vent et leur coeur bat alors un peu moins vite.
Ils s'harmonisent naturellement en formation, et planent régulièrement ; ils se reposent dans l'air qui les porte, dans la bonne mesure de leurs battements d'ailes.
C'est donc ainsi en plein vol.
Toujours une affaire de coeur, en somme !
Je me laisse quelques heures pour filmer mes oiseaux...
Et voilà, je n'ai pu capter que ce petit esseulé, mais il me va bien !
C'est une fabrication qui demande de la minutie, de la bienveillance,
un tricotage des émotions,
pour une création.
Il y a des livres qui sont des révélations. Des révélateurs aussi.
Pour ça, un essentiel trouvé, découvert, redécouvert.
Un lien neuf avec le monde.
Une autre perception du monde. De soi.
Un regard qui changera tout, on ne sait pas.
On veut juste en prendre soin, du regard. Et porter le sien en résonance. Pour l'intensité d'une voix et son écho. Une amplitude dans son espace en haute fréquence dans un champ magnétique.
Une drôle de chimie avec des molécules, des noyaux d'atomes fixes, et des électrons en liberté. Ce que je comprends (oh vaguement, très vaguement, mais les mots me plaisent) du concept de la
théorie de la mésométrie de Pauling expliquant le caractère aromatique du benzène par exemple.
Voilà, je vous donne par conséquent à voir, là, le montage, donc le caractère aromatique de l'exposition de Michel Majeris qui a lieu en ce moment au CAPC.
Ce que c'est que les mots. On ne sait jamais comment ils naviguent, comment on les entend, sous-entend.
Je suis dans un café avec une copine. Arrive un de ses copains. Qui n'a pas de téléphone.
- Je n'aime pas "être accroché", dit-il.
Comme il parle un peu vite, je comprends, moi : " Je n'aime pas raccrocher."
Mes neurones s'agitent. Voilà : je me dis que, ne supportant pas les séparations,même un petit "au revoir" de rien du tout en fin de conversation afin d'assurer son
interlocuteur de sa courtoisie, cet homme aurait décidé radicalement, purement et simplement, et de façon tranchée, de ne pas avoir de téléphone, pour ainsi, pensais-je, se protéger de son
extrême vulnérabilité émotionnelle...
Je trouve l'explication plaisante et peu banale.
Mais l'homme poursuit sur le thème des addictions. Je me mets, à toute vitesse, à penser qu'en effet sa décision est sage, et qu'il montre, de fait, une parfaite connaissance de sa
capacité/incapacité à endurer les cassures. S'il souffre, me dis-je, de manière pathologique, à chaque rupture de la chaîne sociale, environnementale, sonore, etc... au point de l'entourer d'une
charge affective invalidante, cela suppose peut-être un éventuel abandon inconsolé, mais, en tout cas, une sérieuse conscience de sa part fragile, bref, il sait où il en est !
- Sinon, tu t'en sors pas...
Ben oui, sinon, il ne s'en sortirait pas.
-... Et c'est plus la liberté !..
Ben oui, son trouble l'envahit tellement !
- ... Faut décrocher de tout ce qu'on nous impose, tu vois !
Ah !... Ah bon... !! Alors... heu... Pas de ...toute, toute, toute petite pathologie...de rien du tout...heu ! Rien ?...
Sans téléphone, bah, ce n'est plus possible ! A cause du lien, vous comprenez. Une voix qui résonne à l'intérieur de l'oreille, de la tête, qui touche au coeur, au sang, au ventre.
Ne pas parler. Juste écouter.
Encore et encore.
Dans un film. Festival de Cannes. La croisette ? "Amour". De Michael Haneke.
Fumer une clope en attendant de le voir. Des images d'"Amour" à la croisée des chemins qui ondulent des hanches.
Téléphone. Voix.
- Oui, il a eu la Palme d'or. Et la fille s'appelle Gilda ?
- Non, tu te trompes, Gilda est morte de la maladie d'Alzeihmer, il y a longtemps, j'en étais amoureux quand j'étais adolescent.
- Ben justement, ça se rejoint, parce que moi et Trintignant... Enfin il me faisait fondre... Il est beau et triste à présent. Dans le film. Un vieux couple aux prises avec la maladie et la
mémoire qui trébuche...Tu te rappelles de sa séduction sur cette plage de Normandie ? Ce coeur qui bat. A la vie, à la mort. Qui bat. Dans un téphone aussi. "J'arrive, je fais le plus vite
possible!" il dit ça à Anouk. Et il roule toute la nuit. Juste "Un homme et une femme", en somme...
- Et ils courent sur la plage, hein ? Tu te souviens de cette étreinte dans l'émotion du vent ?
- ...Juste après la voix dans le téléphone ?
- Oui, ils courent... Qu'est-ce qu'ils peuvent courir vite... Voler, on dirait tout aussi bien.
- Trintignant est toujours sur la route. ...Eh ! Attends, je mets de l'essence dans la Porsche et...!
- ...Et moi aussi, j'arrive ! A la vie, à la mort ... Donc, ça se rejoint forcément, forcément, mon coeur !
Il y a toujours des tonnes de questions qui tournent dans ma tête... et me retournent. Il y en a bien, je me dis, des gens qui ne s'embarrassent pas de tout ça ou un tout petit peu, ou bien un
petit moment, ou bien font passer le noeud avec un carré de chocolat noir, et hop ! et se tirent toujours de tout et... du carré noir.
Je ne les envie pas. Pas du tout, non. Je me demande juste :
Comment fait-on pour ne rien comprendre à rien ? Ou plutôt pour se protéger des questions, parce que de tout façon, on a déjà toutes les réponses sous la main prêtes à servir et
interchangeables ?
Ou pour rejeter les questions afin de demeurer dans son raisonnement, toujours le même ?
Je me demande comment on fait pour vivre sans questions sur soi-même, persuadé toujours d'avoir les bonnes réponses, et tout casser pour en être plus certain encore, sans risque
d'errance, sans errements en soi- même, surtout pas ça, non ?
Comment on fait pour avoir ses réponses à tout, toujours à tout, et tant d'assurance sur son ego, déplacé d'une chaise à un fauteuil, sans jamais se soupçonner de suffisance ou "d'injustesse" ?
Comment on fait pour être, toujours et quoi qu'il en coûte, dans une vérité sans faille ?
Je me demande comment on fait pour tant "vouloir ne rien comprendre", ("parce que sinon on ne s'en sort plus"), et qu'il faut s'en sortir justement, à tout prix, pas trop fort, le prix, faut pas
exagérer non plus, hein ! Faut pas pousser !
J'en reviens alors à mon point de départ :
Je me demande comment ils font, ceux-là, tous ceux-là, pour faire semblant toujours d'entendre l'autre et tout à la fois le nier, finir par le nier tout court, bien court, bien
bien court ? Comment ils font pour n'être jamais que dans l'affirmation de leurs certitudes ?
Comment on fait pour effacer de son écriture tous les points d'interrogation ?
Derniers Commentaires