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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 20:19
Quoi dire, sinon remercier mille fois Giulio pour son article à partir de mon livre...

                         Zeitung vum
                    Lëtzebuerger Vollek

Brigitte Giraud : « Seulement la vie, tu sais »

Poétesse, témoin ou philosophe ? Peut-être est-elle un peu des trois, comme nous tous, mais peut-être un peu davantage et, surtout, un peu plus près du vécu, de son vécu... et pourquoi pas du tien, du nôtre ? Brigitte Giraud ob-serve la vie, la décortique, s’en imprègne, y bâtit ses rêves fous et ses engagements multiples sur un canevas surréaliste qui n’a rien de coercitif. La lecture ne doit pas être moins libre que l’écriture et le lecteur de « Seulement la vie, tu sais » (1) n’est pas censé être moins créatif que l’auteure. Elle, caméra au poing, la larme ou le sourire à l’oeil, chasse, capte, fixe les images et les évènements, s’en émeut, avant de les décomposer en ce qu’ils ont d’essentiel, mais aussi de secondaire, de ludique et qu’elle nous sert dans son livre, lorsqu’elle se met à y « ... Vider ses mains comme on renverse un sac de clous / sur une table... ». Vous, vous rassemblez ce qu’elle vous présente, y lisez des mots, tournez quelques pages, plaquez un ou deux accords et vous envolez, nouvel Aladin, sur mille et une notes et deux bonnes douzaines de feuilles que leur reliure n’empêchera pas de léviter au gré du vent de votre interprétation.

Sa quarantaine de trams et ses deux douzaines de trains ferraillants et sifflants – tortillards, Tégévés ou autres – sont loin de n’être que trams et trains filant à toute vitesse... du bon ou du mauvais coton. Ils forment ensemble un seul long train poétique entrecoupé de passages bringuebalants au-dessus du défilement des rails, pauses qui n’en sont pas, éphémères et redoutables – mieux vaut regarder par la vitre – permettant juste un brin de réflexion. Sur ces mouvantes sources d’inspiration et d’extrapolations infinies, vues de l’extérieur ou de l’intérieur, sur cette processionnaire fulgurante, Brigitte Giraud nous mène à un train d’enfer sur un chemin censé être droit, le long de rails qui ne le sont jamais, droits. « La ligne droite est une illusion de l’oeil... », nous confirme-t-elle, tout comme elle nous assure qu’« Il n’y a pas d’autre voie à suivre, / pas d’autre destination que la solitude ».

Les réflexions dont est tissée la poésie giraldienne – à moins que ce soient les réflexions de Brigitte qui sont tissées de poésie – c’est pour nous dire, pour te dire d’emblée, lectrice ou lecteur, que « Ce voyage a le goût du vide, / pendu sur une corde à songes... » et que « Le vide lape des braises mortes, / sous la peau. / Assis côté fenêtre, c’est toi. / Tu regardes la pluie zébrer la plaine, / courir sur la vitre... ». Dès lors, te voilà déjà en train de te laisser entraîner avec elle dans « Le train sous les tunnels, sur les ponts suspendus à des fils d’acier, / retenu à la terre par presque rien... » à moins qu’en te voiturant « Les trams, les tram-tram sillonnent la ville, la traversent. / Aiguillages de la cité. / Le tout relié à tout. / Les artères de la ville à tes artères et aux miennes... » et aux nôtres, à celles de tout le monde, tous sur le même bateau...

« Seulement la vie... » Seulement ? Rien que ça ? Excusez du peu ! C’est qu’il ne faut pas dormir pour la saisir au passage, la vie, selon Brigitte. Alors, quand elle te parle, à toi qui la lis, à « Toi, dans ce train venant du nord... » et précise, bien plus loin, qu’il s’agit du « TGV ligne ouest, n° 7324... », elle sait bien que « Tu voudrais dormir jusqu’à Bordeaux... », mais veut que tu continues à filer en ignorant les Parques, avant donc que « La voie se brise, rompue, au passage du train... ». Ne te souviens-tu pas en effet, qu’« Un jour, ton cheval à bascule avait perdu la tête » ? Il est vrai qu’on peut toujours avoir recours à l’éternité, ou, du moins, à une éternité « ... de baisers, / des souffles, / ton souffle comme baisers, / ou des étreintes à ne pas penser... ». C’est qu’elle n’a pas peur de l’amour, ni de se mouiller, Brigitte, chez qui « Il pleut des canaux, des bocages. / Ça verse à torrents. / Essore des chiffons sales. / Le ciel n’a pas d’alibi. / Pleut. Re-pleut. (...) Pleut. / Les grands bras (...) La terre déployée / Et tes bras, / Grands... »

« Seulement la vie, tu sais » est un récit plus cohérent qu’il ne peut sembler de premier abord. Surréaliste de style et de composition, il est cependant d’un réalisme plus authentique que ne l’est la réalité même et, par conséquent, à cent pourcent en prise avec la vie... selon Brigitte, bien sûr, ou selon n’importe qui, en fait, quoique à un pourcentage sans doute un peu inférieur. Quoi de plus réaliste, par exemple, que son tableau tout à la fois dantesque et – hélas – des plus quoti- diens, que sa vision flashée du train Paris-Bordeaux :

« Et sur le côté de la vitre, près de la portière, tu vois…

…des entrelacs de fils, des ferrailles tordues ou des croix, pareil, c’est pareil, des linges qui durcissent au vent, des morceaux d’étoffes t’es pas sûr, plutôt des fantômes d’oiseaux, des ailes d’oiseaux déchiquetées, des lambeaux de matières organiques, ce qui reste d’un bec, d’une patte, ou bien l’ongle d’un doigt. Une tente à deux pas des voies ferrées. Une, ou bien deux, des hommes dessous, et le bruit des trains pour tuer celui du froid. Ils font des feux. Tu as lu quelque part qu’ils faisaient des feux, tenaient leurs mains au-dessus d’un brasero, qu’ils s’en brûlaient les chairs, leurs peaux noires après presque toujours, la peau noire toujours sur la blessure, même après le froid et le brasero, la même blessure encore brûlante, même après le printemps, toujours le noir dans la peau, qui ne lâche rien de la peau, tache toute la paume et le charnu des doigts, trace une sorte de nuit et du froid, quand même c’est plein jour dans l’été qui brûle encore, un feu venu d’en haut cette fois, mais au creux des mains toujours une braise carbonisée et des cendres, comme une encre folle. » (2)

C’est presque du Vladimir Velickovic dans ses visions de guerre et de désolation, c’est presque du Picasso dans Guernica, c’est presque du Goya dans ses dessins horrifiques, en fait, c’est du Brigitte Giraud. Un chat est un chat. De plus, ici, c’est une autre guerre qui apparaît au grand jour, une guerre de tous les jours, dont rien ne montre aussi bien la réalité bouleversante de réalisme que le surréalisme de la poétesse. Son langage très libre, ainsi que son style ici fluide, là haché, ailleurs martelé, souvent percutant, donnent à ses visions une luminosité et une véracité qui se gaussent des fictions et ne peuvent laisser personne indifférent. « Et c’est tout un empilement de silhouettes, / des vies superposées à d’autres vies, / des divisions de particules évaporées d’un corps à / l’autre (...) des cheveux dépassant des capuches / et puis quoi d’autre que ce que chuchote le monde, / d’être là et rien d’autre... ».

Ce petit livre, où Brigitte Giraud nous mène à un rythme endiablé le long des voies ferrées de quelques pages de vie, rythme qui ne concède aux lecteurs que de rarissimes gares, arrêts ou pauses de réflexion (à eux de se les prendre !) n’est pas sa première publication, loin de là. Quatre ouvrages forment la partie émergée de l’iceberg créatif de Brigitte (notez le cousinage avec le présent titre) « Le désespoir amoureux de la vie - L’anorexie, un mystère galvaudé », Le Bord de l’eau éditions 2009 ; « Des ortolans et puis rien », Pleine page éditions 2002 ; « La nuit se sauve par la fenêtre » (Prix Jean Follain) Pleine page éditions 2006 ; « L’éternité, bien sûr », L’Harmattan 1999. Sculptrice aussi, peintre, photographe, cinéaste vidéo (3), collaboratrice de revues et magazines, auteure d’articles, de pièces de théâtre, d’interviews et de nouvelles, dont l’une a reçu le premier prix du Pays de Buch en 1992, tous les moyens et les supports lui sont bons pour laisser exploser son éruptivité créatrice.

Brigitte Giraud, qui vit et travaille à Bordeaux, a également participé à des ouvrages collectifs, comme « La Mémoire contre la nuit » aux éditions du Passant en 1997, « Villes au bord du monde » aux éditions Le Jardin d’essai en 2000 et « L’instituteur » aux éditions Delphine Montalant en 2007. En 2010 elle crée la dramaturgie d’un spectacle théâtral, « L’avenir dure longtemps », avec le théâtre des Tafurs dont elle est Présidente, spectacle produit au Globe Théâtre, ainsi qu’à la Maison Cantonale de Bordeaux-Bastide. Puis elle crée « Pourquoi tu ne tournes plus ? » mis en scène en 2012 par la Compagnie du Petit Rien. Je voudrais en outre signaler son blog, http://paradisbancale.over-blog.com, ainsi que son site http://paradisbancale.over-blog.com/pages/ Mon_site_ perso-1854148.html, où l’on peut notamment trouver ses peintures, sculptures et vidéos. Et e conclus en laissant une fois de plus la parole à l’auteure, car « ... L’heure approche, tu sais, / où il faudra quitter le tram et le train, / embarquer ailleurs, / où les lieux n’importent pas plus que le « rien », / et où le « rien », / comme l’amour, / n’est pas un lieu. »

Brigitte Giraud lira et signera son livre samedi 10 mars à 17h, au Marché de la poésie, Place Notre-Dame, sous la houlette de la librairie Olympique, rue Rode, halle des Chartrons, Bordeaux (http:// marchedelapoesie.blogs.sudouest.fr/). Elle le dédicacera aussi à l’Escale du livre du 30 au 1 avril, Place André Meunier, Quartier Sainte-Croix, Bordeaux.

*** 1) Dans la Collection Pour un Ciel désert aux Éditions Rafael De Surtis, 7 rue Saint-Michel, F-81170 Cordes sur ciel, 2012, 55 pages – 15 €.

2) Dans le livre ce texte est inscrit en vers libres. Je ne pense pas en trahir l’esprit en le présentant, pour des raisons d’économie de place rédactionnelle, en texte continu, ce qui ne diminue en rien sa dramaturgie.

3) C’est notamment grâce à sa vidéo-interview que j’ai pu réaliser mon article « Salah al Hamdani ou... L’exilé (qui) se couche seul entre les lignes de l’histoire » (www.zlv.lu/spip/spip.php ?article2852)

Giulio-Enrico Pisani

mardi 28 février 2012
26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 17:08

Une corde à linge. Un bout, l'autre. Tas de trucs entre les deux. Corde à songes ? pas seulement. Des trains, des gens, des passants sur des quais, du bruit, des rêves, du silence, des poches de silences pleins et vides, des rencontres, des attentes, des amours, de la mélancolie, des murs, murailles, la vill3516019998_4df4256d77.jpge, une matière organique, un baiser, une évidence, une platitude comme une banquette rêche, un souvenir, un homme et son reflet dans une vitre, une horloge, une place et un miroir d'eau, une fontaine, une échappée, un regard, des caresses, un étonnement de la main, le ciel, la mer inventée, Bruges, une autre ville, des hommes égarés comme on l'est tous au fond de soi, des flashs qui aveuglent, des spots, un film et plein de  scènes qui bruissent ici et là dans la nuit du monde sauvé des apparences et des mousses, la vie au plus serré de l'oeil, en somme.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 14:11

Tourne avec moi, ce serait :

- ne pas se méfier du tourbillon

- se propulser dans le grand angle, le ciel en grand largeur,  un rouleau d'étoffe dans toutes les variables du bleu, posé sur la table (bruit mat, et le tissu peut se dérouler)

- rouler avec la mémoire en marche, et ce qui parle de soi. Roule ! Roule !

- lever le regard vers un écran, s'élever on pourrait dire

- laisser les émotions aller la route, le ciel immense, plus grand que tout

- ne rien comprendre au vrai film

- sauver le monde

 

                 
                                   Tourne avec moi | 25 février 2012 par Quani

 

 

Ecouter ensuite la chanson bluette, indigo du jeune Thomas Dutronc, (plus si jeune que ça, ah mais !)

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 23:31

Il y a soi et ce qui vient. Ce qu'on attend. Ce qui n'arrive pas. Qui arrive parfois. Parfois. C'est à partir de l'extérieur que les choses se développent. On brode autour la plupart du temps. On sent bien le mot qui va parasiter toute une phrase, par exemple, celui qui n'ira pas. Qui fera bourrage. Et qui induira tout le reste qui n'ira pas non plus. On ne peut rien contre ça. On peut chercher des explications, une ou bien deux.   Je  préfère avoir un peu de terre molle sur mes chaussures, parce que j'aurai marché dans l'allée, à l'Embellie du jardin, fumant des cigarettes douces, douces...

Il y a soi et ce qui vient. De l'autre et  sa vie qu'on ignore dans ses ajustements. On sait les siens. Pas ceux de l'autre. On devine. Un brodage forcément ajusté comme on peut sur hier et aujourd'hui. Et on pressent l'entrevoyure entre les persiennes du sang. Ce qui bat le coeur qui tangue à la fenêtre. Ce qui donne mouvement au mouvement ? Le mot sur le bout de la langue, on pourrait dire. Physiquement. Tant pis, on va s'enliser. On s'enlise déjà.

- Dis, tu me racontes l'histoire du petit coeur qui tangue dans la parenthèse qui se ferme, ferme pas, jusqu'à quand, je peux pas dire, j'en sais, j'en sais rien, moi ?

 

(Vous pouvez, si vous voulez, mettre en marche à la fois la chanson et la vidéo, qui est muette.)

 

 

 

 

 

 

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 14:19

"Ecrivez des lettres !"  Une main a tracé ces mots sur le murs. Un tag. Une invitation à la correspondance. Internet détrôné !

On voudrait écrire une lettre qui les contiendrait toutes, ainsi qu'un livre, disait Flaubert. Une absolue impossibilité. Dont on n'aurait aucune idée. On ne sait pas à quoi elle pourrait ressembler. Ni ce que ça veut dire. Ca ne veut rien dire...

Pourtant, on devrait consigner. Noter. Ca ne veut rien dire non plus... Un aide-mémoire. Mais... On ne peut pas écrire l'ombre juste, la lumière juste, juste celle-ci, le geste juste, juste celui-là, et le regard, et le sourire, et le pli du manteau, et celui de la bouche...  Les mots s'en approchent en boîtant toujours.

"- J'aurais dû lui dire ça... Et puis ça aussi que je ne lui ai pas dit ! Par quoi ai-je pu le remplacer ? Quelle insignifiance m'est venue qui allait bien avec ses mains que je tenais ? Les mains étaient plus importantes, c'est pour ça... Je n'avais plus ma tête à moi, à cause des mains... Je les regardais et je me suis arrêtée de parler... Les mains et les yeux... Par quoi peut-on remplacer des mains et des yeux ? Hein, par quoi donc ? Et l'ombre qui penche, et le manège qui tourne un peu, si peu, et la fontaine vidée de son eau, et Nulle part ailleurs qui existe et qui n'existe pas, à cause des mains et des yeux... ?"

 

 

'' Buvez de ce whisky que le patron juge fameux '' est un pangramme. Cette phrase contient toutes les lettres de l'alphabet.  

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 00:08

imagesles-autres.jpg"Les autres". Merveilleux livre de Simenon !  Une histoire familiale compliquée, comme elles me sont toutes ou presque, pour peu qu'on enlève, l'une après l'autre, les peaux de l'oignon pour arriver au cœur, les yeux plein de larmes, il se pourrait.

Et puis non, pas là ! Les choses sont données à lire, analysées sans excès de psychologisme, à moindre phrases façon Simenon, style exemplaire.

Je ne vous raconte pas l'histoire, sinon qu'elle rassemble des êtres hors champ de la morale, dont le narrateur/écrivain (Simenon himself, allez savoir !), et les autres. Les autres, c'est le reste de la famille moulée aux bonnes mœurs, médisante, pleine d'ennui, sans talent et le sachant, une légitimité de plus à ses imbéciles arrogances, des vérités sur lesquelles on ne revient pas.

Blaise, le narrateur, un être de culture et de fragilité, un inconnu parmi les siens,   écrit dans son journal :

"Je vais écrire une chose paradoxale, une phrase qui m'est venue à l'esprit, ce jour- là, au restaurant du Globe et qui, sur le moment, peut- être à cause de la demi- ivresse, m'a paru profonde : J'étais trop ambitieux pour l'être !"

Je la trouve fabuleuse cette phrase. C'est dire s'il ne se trouve pas sur le même barreau de l'échelle que les autres, mais juste un peu plus haut, juste un peu ailleurs...  Oui, c'est ça, exactement ça : ailleurs.

20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 06:05

Femmes-de-Paris.jpg Photo | Isabelle Lagny

 

Tu traverseras des cours, des couloirs,

des rues au secours d'un salut,

du vertige errant, et

nues

sous le ciel, et

flamboyantes de tissus de couleurs,

à découvert du corps des hommes dans la

fatigue.

Des Capucins de Bordeaux jusqu'à Paris

des trottoirs,

tu surprendras le rire d'un tablier noué dans

le dos.

Tu auras appris la peur de ne pas

avoir peur d'un abri

du silence.

 

 

Published by brigitte giraud - dans Recueil de photos et textes
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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 00:59

 

J'aime l'eau. Les villes d'eau. Bordeaux est une ville qui, sans la Garonne, auraitANOREXIE d-bat citoyen 10 f-vrier 2026 un paysage tout différent. Il y a des berges, un quai, des amarrages  possibles, des embarcations, des paquebots au manoeuvres compromettantes. J'ai vu ça un jour de 14 juillet. Et puis des mouettes rieuses, oui. Les mouettes se marrent de nous, moqueuses qui filent.

Et puis du sable... du sable ? Je ne sais pas. Il est une boue qui fait noeuds, ou racines, ou vagues, ou veines de la terre. Est-ce du sable qui dessine ces arabesques noires et toutes accidentées, pleines d'humidité et de tourbe ?

Comment ça tient les châteaux, sur la plage, que bâtissent les gosses ?           Que je voudrais construire d'une chanson dans la tête, avec des gestes de sablier.                                                                                                                    Le temps presse et le môme va remplir son seau. Va-et-vient d'un petit qui court vers la mer, et d'un pâté l'autre, élève des tours et ses pinacles.

Ça finit toujours par s'écrouler, un château quand il est abandonné.                        Il sèche. Comme une encre. Le château sèche quand on ne l'habite pas. 

Les forces de tension superficielles des gouttes d'eau qui entourent chaque grain de sable perdent de leur pression : un côté  chargé positivement, l'autre négativement, ils s'attirent à la manière d'un aimant.   

- "Des amants", dit Duras. L'eau englobe chaque grain de sable pour que la loi de l'attraction physique puisse s'appliquer et les faire tenir "ensemble".
Ce ne sont pas les grains minéraux de sable qui maintiennent la cohésion de l'édifice, mais l'attraction des molécules d'eau entre elles.  

L'eau est donc tension en elle-même. Pour une sculpture.

  "Du sable, rien de mieux, entre deux phrases."

 

 

 

 

 

 

19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 03:47

Rimbaud suffit à lui tout seul. C'est une valeur sûre. Qui donc n'aime pas Rimbaud ? Qui même oserait le dire, tant il est adulé, collé sur les murs des villes, sur des cartes postales, des tee-shirts, des "mugs"... On boit Rimbaud comme du p'tit lait. Et quelle force des vers ! Quel séisme dans la langue !

Alors je me demandais bien pourquoi se faire appeler Arthur signifiait que ça allait "barder grave". C'est pourtant un prénom dont j'aurais volontiers baptisé un enfant. Un nom de poète, ça ne pose pas en soi n'importe quel décor psychique !

- Merde alors ! elle a dit. Ca fait une heure que je suis là... Va se faire appeler Arthur, lui, tu vas voir ! (Dans la file du supermarché, la mère parle avec sa copine. Elle trépigne d'impatience au bout de son téléphone portable qui ne répond pas. Elle s'inquiète. Elle fulmine. Elle se demande...)

Moi aussi, je me demande. Parce qu'immédiatement, je pense à Rimbaud, aux silences, aux nuits, aux vertiges, aux intransigeances ardentes, aux Illuminations, au voyant, aux rêves de feu et aux chutes amères, au poète de sept ans, au dormeur du val, à la musique, au bateau ivre, à un café qui porte encore ce nom... à l'envol des sens.

Et puis voilà ! Cette femme bat à plate couture toutes mes divagations. Je sens que ça va guerroyer dans la chaumière quand le petit rentrera. Arthur, au secours !!!!

Alors je me suis renseignée. J'avais raison, ça sent bien la guerre, la Seconde Guerre Mondiale même, et l'occupation.  Et le couvre-feu qui avait été fixé à 20h.


Le nom ''Arthur'' est une déformation de l'allemand ''acht uhr''' (''vingt heures !'') que les patrouilles ennemies criaient aux retardataires éventuels.

Bon ! Finalement, je suis rassurée. Arthur, le mien, son bateau et ses dérives, sont ailleurs.

 

 

 

 

 



 

 
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:20

Paris 2011. Nous rencontrons  Robert Misrahi durant plusieurs jours autour d'un projet de film long.
Une halte dans un bar du Quartier Latin, juste côté de la Sorbonne où il a enseigné pendant des années.
Une pause. Un café, un  schweppes. Je mets sur "on".
D'hier à aujourd'hui, il laisse aller sa mémoire des lieux et des événements.

 

 

 

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